Créer à rebours vers l’exposition : le cas des expositions automatistes

Klaus Scherübel, Sans titre (VOL. 27), 2019. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Klaus Scherübel, Sans titre (VOL. 26), 2019. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Klaus Scherübel, Sans titre, (Seconde exposition des automatistes, au 75 rue Sherbrooke Ouest, chez les Gauvreau, 1947), 2019. Vue de l’exposition Créer à rebours vers l’exposition : le cas des expositions automatistes, VOX, du 15 mai au 13 juillet 2019.

Crédit : Michel Brunelle.

Klaus Scherübel, Sans titre (Exposition Mousseau-Riopelle chez Muriel Guilbault, 1947), 2019. Vue de l’exposition Créer à rebours vers l’exposition : le cas des expositions automatistes, VOX, du 12 juin au 13 juillet 2019. Avec l’aimable permission de Line-Sylvie Perron et du Musée national des beaux-arts du Québec.

Crédit : Michel Brunelle.
2019.05.15 - 07.13


Inauguration le mercredi 12 juin à 17 h 30
Présentation de l’artiste vers 19 h

Une intervention curatoriale et artistique de Klaus Scherübel

Présentée dans le cadre de Period rooms. 8 expérimentations artistiques

Cette exposition bénéficie du soutien financier de la Chancellerie fédérale d’Autriche et du Conseil des arts et des lettres du Québec. VOX tient également à remercier pour leur précieuse contribution le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée d’art contemporain de Montréal. L’utilisation des œuvres de Maurice Perron est possible grâce à l’aimable permission de Line-Sylvie Perron.

Le cas de la seconde exposition des automatistes (1947)

MARIE J. JEAN

Ayant adopté différents rôles tout au long de sa carrière – artiste au travail, éditeur, commanditaire, producteur d’un sitcom ou d’une pièce de théâtre –, Klaus Scherübel examine, dans son travail artistique, le contexte et l’histoire élargie de la culture. VOX lui confie cette fois la fonction de « conservateur ». Sa tâche consiste à réactiver une exposition à la fois mythique et fondatrice de la modernité québécoise : la seconde exposition des automatistes (1947). Cette « réactivation artistique » constitue le sixième volet du projet de recherche sur la pratique, l’histoire, le devenir des expositions et leur documentation, Créer à rebours vers l’exposition, qu’a entrepris le centre
en 2016.

Depuis plus de soixante-dix ans, la seconde exposition des automatistes a été largement étudiée, dans les monographies et les anthologies, jusqu’à être aujourd’hui considérée comme un événement historique légendaire. Or, ces ouvrages, tout comme les catalogues d’exposition, façonnent notre perception des oeuvres et orientent notre façon d’appréhender leur contexte d’apparition, que ce soit par la teneur des commentaires critiques ou par la qualité des documents visuels qu’ils contiennent. En général, avant les années 1980, les catalogues d’exposition étaient simplement constitués de reproductions d’oeuvres. Ils ne montraient que très rarement le contexte dans lequel ces dernières avaient été présentées. Pourtant, dans les publications où l’on mentionne la seconde exposition des automatistes, une reproduction photographique accompagne souvent les propos formulés. Elle montre des oeuvres et, en arrière-plan, Paul-Émile Borduas et Madeleine Arbour, visibles dans l’embrasure d’une porte. Au fil du temps, cette photographie s’est progressivement superposée à notre conception de cette exposition jusqu’à devenir sa référence visuelle ultime. Cherchant à faire travailler le temps « à rebours » et à réactualiser le passé en partant du présent, Klaus Scherübel utilise cette image comme outil conceptuel : il reconstitue, en trois dimensions, cette photographie en noir et blanc qu’a captée Maurice Perron dans des circonstances devenues historiques. Par cette déroutante opération, l’image, qui était d’abord reproduite dans l’« espace du livre », s’insinue dans l’espace de la galerie et acquiert, à travers cet effet de basculement, la forme d’une exposition.

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Le cas de l'exposition Mousseau-Riopelle chez Muriel Guilbault (1947)

VOX termine le cycle de recherche Créer à rebours vers l’exposition par la reconstitution de l’exposition que Mousseau et Riopelle ont tenue chez Muriel Guilbault en 1947. Conçue avec la collaboration de Klaus Scherübel, cette septième réactivation historique fait suite à sa reconstitution de la seconde exposition des automatistes. L’artiste a reconstitué ces expositions à partir des photographies captées par Maurice Perron qui, transposées dans les galeries de VOX en trois dimensions, offrent la réinterprétation de scènes où se sont jouées des événements marquants de notre modernité.

L’exposition de Mousseau et Riopelle a eu lieu dans l’appartement de la comédienne Muriel Guilbault, dans lequel Jean-Paul Mousseau a, pour l’occasion, conçu une scénographie manifestement inspirée des expérimentations surréalistes : il a recouvert partiellement les murs d’une draperie de jute et installé les œuvres exposées sur une grille métallique, de manière à augmenter l’effet surréel du lieu. Les photographies de Maurice Perron ne montrent pas tant les œuvres exposées qu’elles font ressortir la mise en scène qu’il a de toute évidence orchestrée avec ses collègues du groupe automatiste. Il a ainsi exploité les éclairages pour souligner les ombres portées et accentuer le caractère expressionniste de l’ensemble. Klaus Scherübel reconstitue, quant à lui, cette exposition en portant moins son attention sur les œuvres de Riopelle et de Mousseau que sur l’expérience suggérée par sa scénographie, sa documentation et sa réactivation en galerie, plus de soixante-dix ans plus tard.

Créer à rebours vers l’exposition est un projet de recherche sur l’histoire et le devenir des expositions au Québec que nous avons mené à VOX de 2016 à 2019. Il a reposé sur la réactivation de sept expositions marquantes, bien que parfois négligées par l’histoire de l’art : l’exposition Mousseau-Riopelle chez Muriel Guilbault (1947), la seconde exposition des automatistes (1947), Montréal, plus ou moins ? (1972), Périphéries (1974), 03 23 03 – Les Premières rencontres internationales d’art contemporain de Montréal (1977), Aurora Borealis (1985) et Chambres avec vues (1999). S’il est juste de mentionner que Créer à rebours vers l’exposition visait à constituer les archives jusque-là souvent inexistantes des cas étudiés, leur réexposition a pris des formes considérablement variées, soit celles de l’installation, de la period room, de la boîte lumineuse ou de la mise en page d’un catalogue. La diversité de ces approches a eu pour effet de générer des expériences documentaires chaque fois différentes.

Period rooms. 8 expérimentations artistiques

Sous le commissariat de Marie J. Jean, cette manifestation artistique présente les expérimentations de sept artistes contemporains – Steve Bates, Thomas Bégin, Pierre Dorion, Frédérick Gravel, Jacqueline Hoàng Nguyễn, Jocelyn Robert et Claire Savoie – dans les intérieurs d’époque du Château Dufresne, du Château Ramezay, de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, de la demeure de sir George-Étienne Cartier et de la Fondation Guido Molinari. En parallèle, Klaus Scherübel réalise à VOX une intervention artistique qui, sous la forme de period rooms, reconstitue deux expositions organisées en 1947 par les artistes automatistes.

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